La fausse monnaie

Publié le par esarraute

Il y a peu, je vous parlais de la bataille de Cadillon. En marge de celle-ci, a eu lieu une histoire surprenante. Elle me fut conté autrefois par mes grand-parents ne sachant pas qu'elle était liée à notre famille. Elle est à la fois comique et tragique pourtant par mes recherches généalogiques, j'ai découverte que la fin était tout autre. 
Tout d'abord, voici ce que les habitants racontaient le soir dans les chaumières au coin du feu: 

Une alchimie qui mène loin

    En ce temps déjà lointain, la commune de Cadillon tirait une certaine renommée d'un forgeron nommé Jacques Bureu, extrêmement habile à fabriquer la cuvette métallique où l'on engage l'axe moteur des meules de moulin. Il n'était pas un meunier à cinquante lieux à la ronde qui ne le fit travailler, tant ses ouvrages étaient bien conditionnés et de longue durée. Jacques vit tout de suite le parti qu'on pouvait tirer des quintaux de plomb échoués à Cadillon: plus positif que les alchimistes de Moyen-Age, s'épuisant à fabriquer de l'or par des procédés participant à la magie, il conçut prosaïquement de transmuter le vil plomb en pièces de bronze sonnantes et trébuchantes. Notre forgeron était si adroit que, pendant plusieurs années, il put écouler sa fausse monnaie sans éveiller le moindre soupçon. Hélas ! Tant va la cruche à l'eau qu'elle s'y casse! La prospérité croissante de Jacques avait excité bien des jalousies. Accusés à tort d'un vol, il dut permettre aux gendarmes de perquisitionner à l'improviste dans ses ateliers: tout son attirail de faux-monnayeur fut découvert. Promptement traduit en cour d'assise le malheureux fut condamné au travaux forcés à perpetué. Il rejoignait ainsi dans l'infortune, les alchimistes suppliciés autrefois pour cause de magie et de sorcellerie. Depuis lors, sa forge est restée muette et déserte.
  

J'ai trouvé cet article racontant un peu plus objectivement les faits y sont mentionnés Jacques, son fils Bernard et sa fille Margueritte:


  
20. - Jacques Bureu père , Bemard Bureu fils et Marguerite Bureu , épouse Lachaussée , laboureur , de Cadillon. - Fausse monnare. - M. Coalome, Substitut} M.e Lahitte fils, avocat.
Des pièces fausses de monnaie de billon circulaient, depuis quelque temps dans les cantons de Lembeye et de Garlin.
Un soupçon vague émané d'une personne, et bientôt transmis de bouche en bouche, en imputait la fabrication à Jacques et Bemard Bureu, forgerons et fondeurs, dans la commune de Cadillon. Averti par cette espèce de rumeur sourde , répandue dans la contrée, le juge de paix se transporta chez eux. Dans une armoire , il découvrit Vingt-huit pièces de monnaie de cuivre qui lui parurent fausses et dans un tiroir cinq autres plus grossièrement façonnées que les premieres. Les membres de la famille Bureu, interrogés sut l'origine de ces pièces , repondirent qu'ils ignoraient comment elles étaient entrées chez eux et plus encore qu'elles fussent fausses. Le juge de paix trouva aussi de la limaille et de creusets, mais en cela, rien d'etonnant, Jacques et Bemard Bureu sont fondeurs. L'homme de Part à l'examen duquel les pièces furent soumises, déclara qu'elles étaient fausses et qu'elles avaient été moulées au sable avec une
matière identique à celle de la limaille. - Oui, mais comment établir que cette limaille avait été produite par la fabrication de ces fausses pièces ? Elle pouvait tout aussi bien provenir de la confection d'autres objets de cuivre. Les debais n'ont pas révélé des charges suffisantes contre les deux prévenus, et le jury les a acquittés.

(source: Mémorial des Pyrénées n°64 du 27/5/1840)

Plusieurs remarques, tout d'abord, je ne suis pas spécialiste en droit mais un juge qui perquisitionne sur les fondements de rumeurs, je trouve, même pour l'époque (sous Louis-Phillippe Ier), que c'est bizarre. Sur ce point, la première version est plus pausible. 
Ensuite, on peut remarquer l'éxagération et la déformation des histoires lorqu'elles sont racontées. Jacques était TRES habile et TRES connu ce qui attisait la jalousie de ses voisins. C'est normal, une histoire évolue suivant qui la raconte et à quel public. C'est encore vrai de nos jours.
Enfin, d'où vient cette fin si tragique? Nous savons que dans une version, Jacques est condamné aux travaux forcés à vie, et dans l'autre, deux des membres de la famille sont acquités mais lesquels ont été inculpé? les 3? 
Parlons généalogie un peu.
 Jacques était né à Cadillon le 24 décembre 1775, fils de Bernard Duras dit Bureu de Gayon et Jeanne Thamon Bartouilh de Séméacq-Blachon. Il s'est marié à Magdelaine Blanquine (1788-1857) le 23 février 1813 à Cadillon. C'est une nièce (probable) d'un de nos ancêtres. Les parents de Magdelaine, Bernard Blanquine (1749-1822) et Marie Anna Davezac ont du regretter ce choix surtout que leur fille ainé Margueritte (1778-1849) fut marié au fils du chatelain Jean Betbeder (1768-1850). Ils ont eu 6 enfants dont Bernard et Margueritte, les ainés qui ont participé à cette affaire.
Jacques mourut le 13 avril 1841 à Cadillon dans sa maison et non pas au bagne comme il est dit dans l'histoire. Sa fille, Margueritte, le rejoindra trés vite, le 26 mars 1845, son épouse lui survivra jusqu'au 29 janvier 1857.
Son fils, Bernard, vécut jusqu'a l'age trés respectable de 80 ans et expira le 20 septembre 1897.
Pour la petite histoire, mes grands-parents ont acheté la maison voisine de celle qui fut Bureu et la forge existe toujours.
Les recherches concernant ce procés sont lancés, et les cousins généalogiques liés à cette famille se multiplient. Si vous en faites partie, laissez nous un commentaire.


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