La bataille de Cadillon

Publié le par esarraute

Je suis profondément attaché à mon petit village comme l'était mon grand-père avant moi, je me suis donc intéressé à l'histoire locale. Comment Cadillon a été façonné par le temps ? L'événement le plus marquant est sans doute le passage des troupes napoléoniennes et anglaises lors de la campagne de France (1813-1814). L'armée de Napoléon est chassée du Portugal puis de l'Espagne par les Anglais dirigés par le duc de Wellington.

 

J'ai retrouvé ce document dans les papiers de mon grand-père et il me parait plus pertinent que toutes les recherches que je pourrai faire car la bataille est raconté par les descendants des Cadillonais de l'époque, tradition orale oblige.

 

Les hasards d'une conversation nous ont révélé un épisode particulièrement héroïque de la campagne de France (janvier à avril 1814).

 

Profondément intéressé, nous avons interrogé les rares personnes encore vivante dont les ascendants immédiats furent témoins de ces faits. Nous allons rapporter ici les résultats de ces recherches.

 

Avouerons-nous que notre histoire est presque entièrement tirée de la tradition orale? Certains ne manqueront pas de penser que nous y faisons la part trop belle à la légende. N'importe, notre récit permettra peut-être aux personnes qui possèdent des documents écrits de nous les faire connaître et d'éclairer ainsi une question qui intéressera certainement nos lecteurs.

 

== Déroulement de la bataille ==

Au moment où se déroule les évènements qui nous occupent, la situation de la France est tragique: plus de 700 000 hommes l'envahissent de toutes parts, alors que Napoléon ne peut leur opposer que de très jeunes soldats mal vêtus et mal armés.

 

Au sud Wellington, le duc de fer, qui vient de nous chasser d'Espagne, a franchi la frontière des Pyrénées, près de côte Atlantique. Il a livré et remporté les deux batailles de Mouguerre, près de Bayonne, et d'Orthez le 26 février 1814. L'armée française, sous les ordres de Soult, le héros des guerres d'Espagne, se replie lentement sur Toulouse. A l’arrière-garde, le général Harispe, chef de grenadiers utilise avec habilité les accidents du terrain pour retarder la marche de l'ennemi.

 

Arrivé à Aire sur Adour le 17 mars 1814, il apprend qu'une troupe anglaise forte de 7000 à 8000 hommes vient de s’arrêter à Cadillon, petit village disséminé le long de la route de Lembeye à Aire, sur la crête d'une colline perpendiculaire à l'Adour. Les habitants du pays apportent aux Anglais jambons, poulardes en abondance alors qu'au passage des Français, ils avaient simulé le dénuement le plus total, enterrant jusqu'aux cloches de l'église. Il faut dire que les soldats de l'empereur étaient de francs pillards, corrompus par vingt ans de conquête tandis que les Anglais, soumis à une discipline terrible, payaient strictement leurs achats.

 

Le châtelain de Cadillon donna le soir même un grand festin en l'honneur des officiers anglais. On n'a pas pu prouver que Wellington, qui laisse trace de son passage au château Duten d'Arricau, y assistait. Avant le repas, le général ne cacha pas à son hôte qu'il serait obligé d'incendier le lendemain, le castel et ses dépendances. Des ordres très strictes le lui enjoignais et c'est par une faveur toute spéciale qu'il consentit à laisser évacuer les meubles et les objets précieux du bâtiments. Toute la nuit, les domestiques s'y employèrent avec les fermiers.

 

Pendant ce temps,le général Harispe décide de surprendre les ennemis avant l'aube. En toute hâte, il réunit une petite troupe d'homme aguerri et se dirige sur Cadillon, distant de 20 kilomètres, par la grande route.

 

Nous devons  préciser que le château ou campaient les Anglais, bâti en bordure de cette voie, est protégé au sud et à l'ouest par des pentes abruptes et embroussaillées presque impénétrables qui descendent jusqu'au Lees, petit ruisseau sans importance.

google earth cadillon chateau

Arrivés à quelques centaines de mètres du campement anglais, face à la maison dite "Pilot", les Français décident d'attaquer par l'ouest, le côté considéré comme inaccessible et vraisemblablement peu ou point gardé. Ils descendent donc dans la vallée du Lees par un mauvais pierreux. De là, ils se portent sous le château et commencent une escalade très pénible à travers un maquis de ronces, de genévriers et d'ajoncs. Comme l'a prévu le général Harispe, ses soldats parviennent à quelques mètres de l'ennemi sans que l'éveil soit donné. La difficulté est maintenant de pénétrer dans le parc où l'on entends le pas lent et mesuré du factionnaire. Accroupis sous le mur d'enceinte, un petit mur d'1m50, nos grenadiers attendent que la sentinelle soit le plus prés d'eux pour la bâillonner et bondir dans la cour. Ils réussissent et à quatre heure du matin, le massacre commence.

 

Roulés dans leur capote et privés de leurs armes, les Anglais sont tout à fait incapable de résister à la petite troupe française. en moins de deux heures, un milliers d'entre eux sont tués à la baïonnette et le reste se débande précipitamment vers Lembeye.

 

Cependant, un officier à cheval devant la maison "Falé" essaie de regrouper les hommes. A coups de sabre, il oblige les fuyards à faire face aux Français. Le vieux Falé, soldat de la Révolution, l'ayant aperçu, décroche son fusil et de son jardin, il l'abat raide mort. Dans l'ardeur du combat, cette action passe inaperçu et le vieux brave ne sera jamais inquiété.

 

Les Anglais se retirent deux kilomètres plus loin au pied de la côte de Cadillon au dessus de la maison "Laliberté".

 

Guillaume Jean Lyon

C'est à proximité de ce lieu qu'est tué le lieutenant Jean Guillaumes du 18ème dragon britannique enterré au cimetière de Cadillon où sa famille fera élever une stèle en marbre blanc.

 Cet officier est descendu de cheval à l’embranchement de la route qui conduit à la maison "Lafon". Tandis que ses hommes vont se regrouper, il protège bravement leur retraite à l'aide d'un mousquet. Un grenadier l'ajuste et détruit ce personnage gênant.

 

Les Français essaient alors de débusquer les Anglais de leur nouvelle position mais ils n'y parviennent pas. Ceux ci sont revenus de leur surprise et ils se rendent compte de l'infériorité numérique de leurs adversaires.

La général Harispe se retire à Cadillon et conclut avec l'ennemi un armistice pour l'inhumation des morts. Une énorme fosse est creusée au dessus de la maison "Falé" au lieu dit "Mouta". C'est là qu'on enterre pêle-mêle, Français et Anglais,. Aujourd'hui, une grande dépression témoigne de la profondeur de la fosse qu'il a fallu creuser.

Cette victoire fut malheureusement sans lendemain. C'est tout juste si elle retarda quelque peu l'avance ennemie qui reprit bientôt pour ne s’arrêter qu'a Toulouse.

 

== Autour de la bataille ==

Des incidents variés, parfois tragique le plus souvent joyeux, marquèrent le séjour des troupes anglaises à Cadillon. Voici quelques anecdotes que l'on raconte encore à la veillée:

 

=== La police des moeurs  ===

Un jeune soldat Britannique , peut-être grisé par le bon vin du pays, s'oublie jusqu'à témoigner violemment à une jeune bonne du castel les doux sentiments qu'elle lui inspire. Aussitôt prévenu, le général anglais réunit sur le champs un conseil de guerre : le délinquant est condamné à creuser sa fosse au pied d'un cerisier, non loin du carrefour dit "Au puntet" et est fusillé le soir même. On ne badinait pas avec l'amour chez les naturels de la douce Albion.

 

=== Lorsque les dames allaient en guerre  ===

L'arrivée des "vestes rouges" avait excité la plus vive curiosité parmi les campagnards du voisinage. Il est aisé de comprendre qu'en cette époque où l'on ne voyageait guère, la présence d'un tel nombre d'étrangers constituait un évènement "hors série". Aussi, tout en se hâtant de fournir abondamment nos ennemis de jambons et de poulardes, les paysans s'attardaient longuement à les considérer. Il faut dire qu'en ce temps là, les officiers anglais se faisaient accompagnés à la guerre par leurs épouses et une anglaise est toujours une femme.

Celle du général, longue, blonde, très digne, portait un magnifique châle frangé orné de glands d'or massif. Béatement, nos jeunes campagnards la contemplaient. L'un deux, plus hardi ou moins averti des convenances. voulut se donner la joie innocente de caresser le châle merveilleux. Mal lui en prit: croyant qu'on lui dérobait un gland, l'impétueuse insulaire administra une retentissante gifle au pauvre rustre, tout éberlué. Le général, témoin de la scène, réprimanda vertement son irascible épouse.

Est-il besoin de dire que cet incident fut longuement commenté dans les chaumières voisines?

 

=== Le mot de Cambrone .....avant la lettre===

Beaucoup de vielles portes, aux environs de Cadillon, même dans les villages où l'on ne se battit pas, présentent de nombreuse traces de coups de feu. La légende rapporte que les soldats Français, a demi-affamés, ne pouvaient obtenir de nourriture dans les maisons où ils s’arrêtaient. Malgré leurs supplications et même leurs menaces, la porte se fermait sur leur nez avec le mot de Cambrone. Dangereuse anticipation sur les derniers instants de Waterloo car les soldats rendus furieux déchargeaient leurs armes sur les portes et les volets.

Nous donnons cette explication pour ce qu'elle vaut sans y attacher une excessive importance. Le fait à remarquer est que les Anglais étaient partout accueilli avec joie et profit tandis que les Français étaient le terreur des Campagnards.

 

=== La guerre des Boutons===

Avant que l'on enterre les victimes de la bataille, les enfants des villages voisins accouraient en grand nombre pour arracher aux morts les boutons, sans doute en plomb, de leurs tuniques. De Vialer, de Tadousse, de  Saint-Jean-Poudge, de Conchez et d'Arricau-Bordes, ils vinrent sans crainte détrousser les cadavres pendant plusieurs jours.

 

 

J'ai volontairement omis une de ces petites histoires car elle sera le sujet d'un article prochainement.

 

Publié dans Histoire Locale

Commenter cet article