Discours

Publié le par esarraute

Pour bien commencer l'année et terminer celle qui vient de passer, un document qui m'a été remis par ma grand-mère. Il date de 1966 environ, pas si loin dans le monde généalogique, mais important à mes yeux. C'est le premier discours écrit par mon grand-père lors de son premier mandat de maire à l'occasion de la fête des mères. Il fut élu en 1965 après avoir pris sa retraite de l'armée. Son écriture étant parfois difficile à lire, je vous le transcrit ici:

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Mesdames,

Je ressens une très grande joie à accueillir sous ce préau communal, les mamans de notre petit village entourées de leurs enfants, grands et petits, à l'occasion de la fête des mères, leur fête nationale. Devant vous, j'éprouve la même émotion qu'un petit garçon au moment de réciter son compliment à sa maman. Je vais tout simplement essayer de vous dire de mon mieux ce que mon coeur me dicte en pensant à vous  toute les mères vous toutes.

 

Et c'est d'abord à vos enfants que je tiens à m'adresser en leur disant que le plus grand bonheur que l'on puisse avoir dans la vie, c'est d'avoir une maman, non seulement parce qu'elle vous a donné la vie et vous a entourés de soins constants mais surtout parce qu'elle est pour vous la personne que vous pouvez aimer et que vous aimerez toujours de toute vos force. Quelque Soit les effets, les circonstances de la vie, matériellement ou moralement, les plus dures ou les plus difficiles, elle sera toujours votre maman prête à vous à vous accueillir, à vous donner conseils et sachez que le plus grand chagrin surtout quant est arrivé à la maturité c'est de perdre celle qui a toujours été sa maman et pour laquelle on a toujours été son petit. Aussi, mes chers enfants, je vous demande en ce jour de fête de ne jamais la faire souffrir, jamais pleurer.

 

Nous félicitons ensuite les mamans qui ont eu la joie d'obtenir le beau titre de grand-mère. C'est aujourd'hui pour elles deux fois leur fête. Beaucoup de travail et de sacrifices a permis d'élever leurs enfants jusqu'à ce qu'ils fondent à leur tour une famille. Nous les prions d'accepter le témoignage de notre reconnaissance.

 

Quant à vous, jeune maman, vous méritez toute l'affection que vous apportent tous ces enfants.En effet, vous en êtes les éducatrices. Non seulement, vous veillez à l'indispensable de la vie matérielle mais rendez à la famille la vie agréable et la maison accueillante. C'est à vous que revient la charge d'élever vos enfants dans la bonté, l'amour de la famille. Nous vous en exprimons toute notre reconnaissance et nous vous offrons notre très profonde et très respectueuse admiration pour votre si noble vocation.

 

Vivent les Mamans.

 

Maintenant, ici, tous réunis, nous allons procéder à la remise de la médaille de la famille française à Madame Sarraute Julienne.

 

Cette distinction honorifique a été crée par un décret du 26 avril 1920 pour récompenser les mères de famille de nationalité française dont le mari et tous les enfants sont français et qui par leurs soins éclairés, leur activité laborieuse, leur dévouement ont fait un constant effort pour élever leurs enfants dans les meilleurs conditions matérielles et morales et leur inspirer le sentiment de l'honneur, l'amour du travail, l'attachement du foyer et le souci de leurs devoirs sociaux et patriotiques. Or, Madame Sarraute, cette décoration, que je vais avoir l'honneur et la joie de vous remettre, vous l'avez parfaitement méritée pour avoir répondu aux conditions exigées. Je suis certain que c'est l'assentiment de tous ceux qui vous entourent.Je vous adressent l'expression de toute notre sympathie et nos biens sincères félicitations.

 

 

Ce discours est émouvant pour moi pour plusieurs raisons. Tout d'abord, je revois mon grand-père écrire à son bureau, il pouvait y passer des heures entières sans se rendre compte du temps qui s'écoulait. Deuxiement, j'imagine son émotion à ce moment là. Sa relation avec sa mère n'a pas dû être facile ( fille-mère, elle était parti accoucher en secret afin de l'abandonner) et l'amour qu'il prône dans ce texte raisonne comme un appel, d'ailleurs, elle est décédée quelques mois plus tard. Enfin, il ne se doutait pas qu'il remettait une médaille à celle qui devait devenir ma grand-mère. Elle était mère de 6 enfants à l'époque( un septième arriverait 6 ans plus tard) dont Jean-Marc 9 ans. Il était père d'Elisabeth 11 ans et de Nathalie 3 mois. Jeune parents, ils devaient unir à travers leurs enfants, leur destinée, presque 15 ans après, afin que je puisse venir au monde.

 

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